Les réponses immunitaires

Le COVID-19 engendre des symptômes polymorphes qui peuvent être variables d’un individu à l’autre. Les chercheurs tentent actuellement de comprendre comment le virus interagit avec le système immunitaire. La communauté scientifique semble s’accorder sur un point. Pour se répliquer, le virus pénètre une cellule hôte en liant sa protéine Spike à l’enzyme de conversion de l’angiotensine II (ACE2), présente sur la cellule (voir les étapes infectieuses). Cette porte d’entrée pourrait expliquer les manifestations cliniques des formes longues ainsi que les complications.

Le COVID-19, une inflammation vasculaire systémique

Des chercheurs ont observé que l’adhésion de la protéine Spike du virus aux récepteurs de la protéine ACE2, responsable d’abaisser la pression sanguine par vasoconstriction, provoquerait une anomalie du flux sanguin (notamment la coagulation). Ces mêmes récepteurs ACE2 étant présents dans l’endothélium (paroi interne des vaisseaux sanguins), ces chercheurs ont constaté l'apparition d’une inflammation systémique des vaisseaux sanguins, nommée vascularite. Cette inflammation pourrait être à l’origine, une fois de plus, d’agrégation plaquettaire où des caillots se forment au niveau des vaisseaux sanguins du corps (aorte, vaisseaux profonds et superficiels, capillaires).

Selon le professeur Zsuzsanna Varga, le SARS-CoV-2 “déclenche directement une dysfonction endothéliale systémique, à savoir une inflammation de tout l'endothélium corporel, qui comprend tous les lits vasculaires : vaisseaux du cœur, du cerveau, des poumons, des reins et du tube digestif”. 

Ce syndrome inflammatoire vasculaire expliquerait les dommages cardiaques, pulmonaires, rénaux, hépatiques, encéphaliques constatés chez les patients gravement atteints ainsi que les formes longues. Il est important de préciser que des péricardites, myocardites, embolies pulmonaires, encéphalites, crises épileptiques et AVC ont été signalés chez des patients ayant récupéré. Les intestins, riches en récepteurs ACE2, sont également touchés.

Mais que se passe-t-il au niveau de la réponse immunitaire ?

Voyage au cœur du système immunitaire 

Avant d’aller plus loin, voici quelques repères sur le  fonctionnement du système immunitaire.

 

Tout d’abord, il existe deux types d’immunité :

innée et adaptative. 

 

L’immunité innée agit comme une barrière physique et chimique contre les agents infectieux. Elle est également présente chez les végétaux et les animaux. En cas de présence d’un pathogène spécifique, comme le SARS-CoV-2, l’immunité innée active l’immunité adaptative.

 

L’immunité adaptative est arrivée plus tardivement dans l’évolution, c’est pourquoi les Hommes possèdent ce type de défense. Elle permet l'activation de lymphocytes B et T (globules blancs ou leucocytes cf. schéma) qui vont reconnaître, neutraliser, détruire le virus et garder en mémoire sa génomique. L’immunité adaptative développe deux types de réponses : humorale et cellulaire.

 

  1. La réponse humorale 

 

Lorsqu’un virus s'introduit dans le corps, l’immunité innée va activer des lymphocytes B, capable de repérer les pathogènes dans les fluides de l’organisme (les humeurs). Les lymphocytes B, pour Bourse de Fabrice (organe chez les oiseaux), maturent dans la moelle osseuse. Ils produisent des anticorps (immunoglobulines) qui vont reconnaître spécifiquement le pathogène, le neutraliser et le détruire. ils représentent 10% des lymphocytes. 

 

Les lymphocytes B vont collaborer avec les lymphocytes T auxiliaires T(A) en leur présentant notamment le Complexe majeur d’histocompatibilité (CMHII). Cette molécule permet la reconnaissance du soi et du non-soi (le pathogène). Si les lymphocytes T (A) confirment la présence du pathogène, les lymphocytes B se multiplient en sous-groupe : 

  • les plasmocytes sécrètent les anticorps (Igm)

  • tandis que les lymphocytes B "mémoire" conservent les propriétés de l’antigène (Igg)

Les Igm sont des immunoglobulines, les plasmocytes, sécrétées lors du premier contact avec le pathogène. Elles indiquent une infection en cours.

Les Igg sont des anticorps circulants fabriqués lors d'un contact avec un antigène. Elle participe à la réponse mémoire. 

Les IgA se trouvent essentiellement dans les sécrétions tels que la salive. Le rôle essentiel des immunoglobulines A. est d'empêcher le virus de se lier à la cellule.

 

  1. La réponse cellulaire 

 

Les lymphocytes T (du nom de leur maturation dans le Thymus) identifient et détruisent les cellules infectées. Ils représentent 80% des lymphocytes. En présence d’un agent pathogène, ils s'associent avec d’autres types de globules blancs. Ils indiquent aux lymphocytes B de produire des anticorps. Une fois activés, ils se multiplient pour éliminer le pathogène et développent une mémoire de la génomique du virus pour avoir une réponse défensive plus efficace dans le temps. 

 

Il existe deux types de lymphocytes : 

-  Les lymphocytes T(A), dites auxiliaires, sont activés par les cellules présentatrices d’antigène (CPA) telles que les cellules dendritiques, macrophages, lymphocytes B, les cellules gamma delta T et les cellules NK. Sa protéine CD4 se lie au peptide du Complexe majeur d’histocompatibilité II (CMHII) capable de reconnaître le soi du non-soi. En sonnant l’alerte, les lymphocytes T(A) confirment la présence du pathogène auprès des lymphocytes B et provoquent l'activation de la réponse immunitaire. 

- Les lymphocytes cytotoxiques (TC) détruisent les cellules infectées par le virus. Ils reconnaissent les cellules infectées en liant leur protéine CD8 au peptide du Complexe majeur d'histocompatibilité I (CMHI) présent sur la cellule.  

 
Les réponses immunitaires au COVID-19

L'emballement du système immunitaire

Lors de l’infection virale, l’organisme produit, pour se défendre, des interférons (protéines antivirales de la famille des cytokines). Comme son nom l’indique, elles participent à l’interférence virale, ce qui signifie qu’elles aident les cellules à résister face au virus. Certains chercheurs, dont Carly Ziegler, ont découvert que l’interféron-alpha (IFNα) stimulait l’expression du récepteur de la protéine ACE2 auquel le virus se fixe pour pénétrer la cellule. Ce qui signifie que la protection mise en place pour protéger les cellules favoriserait la propagation du virus.

Pour arrêter la réplication du pathogène au sein des cellules, les lymphocytes cytotoxiques T8 et les macrophages vont émettre des cytokines en masse pour détruire les cellules infectées et les virions. Mais l’infection est tellement répandue, que la réaction immunitaire s’emballe entraînant un “orage cytokinique”. Cette sur-inflammation détruit les cellules, les tissus et dans les cas les plus graves, les organes. Cette hyper-réaction de l’organisme favorise également la coagulation sanguine. Dans ce cas, les indicateurs d’inflammations dans les prises de sang sont souvent élevés (cf décryptage des prises de sang). 

Pour la plupart des infectiologues que nous avons consultés, la durée des symptômes serait le fruit d’une inflammation de l’organisme produit par une hyperactivation du système immunitaire. En se basant sur les Coronavirus identifiés par l’Homme, ils supposent que le SARS-CoV-2 ait été éliminé de l’organisme. Notre système immunitaire aurait continué à lutter après son évacuation. C'est cet emballement immunitaire qui aurait provoqué le plus de dégâts inflammatoires dont des lésions tissulaires. C’est ce qu’on appelle une inflammation post-infection. Elle peut avoir des répercussions à long terme. Dans ce cas, nous ne serions plus contaminants. En revanche, ils n’expliquent pas pourquoi une partie des Covid persistants ont des bilans sanguins et médicaux normaux et des tests sérologiques au COVID-19 négatifs. Or, les symptômes sont là ! 

Alors que se passe-t-il ? La détection du virus par les tests sérologiques interrogent certains spécialistes. Ils se demandent si :   

  1. Certaines sérologies sont efficaces dans la détection d'anticorps qui ont neutralisé la protéine N du virus (et non la S) ; 

  2. La réponse immunitaire est davantage cellulaire (présence de lymphocytes T) et non humorale (présence de lymphocyte B mémoire et plasmocytes) ; 

  3. Certains Covid persistants ont développé d’autres réponses immunitaires non détectées par les sérologie. Ce qui pourrait être le cas d’anticorps localisés dans le mucus (Iga)

  4.  le virus est encore présent dans l’organisme ce qui explique la non détection des anticorps (Igg) et (igm). Dans ce cas, une autre hypothèse se profile...

Le dérèglement immunitaire

 

Pour d’autres chercheurs, la réponse immunitaire serait plus complexe. André Watson, par exemple, suppose que le virus pourrait être excrété de nos organismes progressivement, ce qui expliquerait les formes persistantes par vagues de la maladie.

 

Certains chercheurs observent que l’adhésion du virus à l’enzyme ACE2 empêche les anticorps neutralisants, produits par les lymphocytes B, de bloquer le virus. Cette hypothèse pourrait expliquer en quoi les tests sérologiques, basés sur la réponse humorale, sont négatifs. 

 

Par ailleurs, d’autres études montrent que la réponse cellulaire est également mise à mal. Les molécules du CMHI, normalement présentes sur les cellules, sont absentes des cellules infectées. Pour rappel, le complexe majeur d’histocompatibilité I (CMHI) permet aux lymphocytes TC (CD8) de distinguer les cellules infectées par un antigène non-soi d’une cellule du soi. Si le signal n'apparaît plus, la réponse immunitaire devient inadaptée puisque les lymphocytes TC ne vont pas reconnaître la cellule infectée par le pathogène. Le coronavirus Sars-COV2 aurait la capacité de détruire ces marqueurs en produisant une protéine ORF8 qui attire le CMHI à l'intérieur de la cellule infectée. C’est le cas de certains virus comme l’herpès ou le zona. 

D'autres spécialistes chinois ont découvert que le virus attaquait les lymphocytes T sans pour autant les détruire (ce qui est le cas du VIH). Enfin, une étude du King's College de Londres évoque un dérèglement des molécules IP10, responsable de l'envoi des Lymphocytes T vers les zones infectées. Cette désorientation du système immunitaire occasionnerait une déperdition des Lymphocytes T, notamment chez les sujets de plus de 40 ans chez lesquels le thymus est moins actif. Ceci expliquerait pourquoi les enfants, dont le thymus est plus efficace, seraient moins affectés par la maladie.

 

Enfin, dans les cas les plus graves, des lymphocytopénies ont été détectées. La réponse immunitaire est alors déficiente. C'est le cas des personnes âgées par exemple.  Des études sont en cours pour expliquer ce processus d'immunodéficience.  

En somme, dans l'hypothèse d'un dérèglement immunitaire, le virus pourrait rester présent dans l'organisme au moins pendant plusieurs semaines. Cette supposition pourrait expliquer les phase de résurgence et d'atténuation des symptômes. Dans ce cas, soit la charge virale est faible et nous ne sommes pas contaminants, soit nous le sommes toujours.  

Le COVID-19 n'a pas finie de nous étonner ! Cette espace dédié à la recherche n'en est qu'à ces balbutiements. 

Pour rappel : avoir des symptômes près de trois mois après l’infection doit être un motif de suivi médical. Même si la guérison est l'option la plus souhaitable, il n’est pas exclu de voir apparaître des complications, des maladies auto-immunes, chroniques ou encore des cancers. Les effets du virus sont encore méconnus ! C’est pourquoi une prise en charge s’impose.    

Qui sommes-nous ?

#ApresJ20 - Association Covid Long France est gérée par un collectif de malades “Covid Longs", réunis pour soutenir chaque malade et offrir un front unitaire et de poids à leur parole. Ce site offre de la visibilité à notre communauté dans l’espoir qu'un jour, chaque malade puisse être reconnu et soigné.

Nous sommes des milliers à souffrir des symptômes post-covid

© Copyright 2020 - #ApresJ20 - Association Covid Long France